Un détaillant de jeux vidéo qui tente d’engloutir une place de marché en ligne cinq fois plus grosse que lui. C’est le scénario lancé le 3 mai 2026 par Ryan Cohen, PDG de GameStop, avec une proposition non contraignante visant 100 % des actions eBay à 125 dollars par titre, soit une valorisation d’environ 55,5 milliards de dollars. Le conseil d’administration d’eBay a rejeté l’offre le 12 mai. Cohen, lui, n’a pas lâché prise.
Une OPA chiffrée à l’envers
Sur le papier, l’offre paraît généreuse : premium de 46 % par rapport au cours de clôture du 4 février 2026, jour où GameStop a commencé à accumuler des titres eBay, et de 27 % par rapport à la moyenne pondérée sur 30 jours. Le paiement serait mixte : moitié cash, moitié actions GameStop, avec possibilité pour les actionnaires eBay de choisir leur répartition.
GameStop comptait environ 9,4 milliards de dollars de trésorerie et d’investissements liquides fin janvier 2026, complétés par un financement externe : TD Securities a délivré une lettre « highly confident » pour un prêt pouvant atteindre 20 milliards de dollars. Même avec cette injection, l’opération reste atypique : dans une fusion classique, c’est le plus gros qui absorbe le plus petit, pas l’inverse.
Cohen promet, en cas de succès, de diriger l’entité combinée et d’injecter une culture « owner-led » dans une plateforme qu’il juge figée dans les années 1990. Il évoque aussi des économies potentielles autour de 2 milliards de dollars et un virage vers le live shopping. eBay, de son côté, met en avant sa propre feuille de route et des résultats récents plus solides.
« Ni crédible, ni attractive »
Le 12 mai, le conseil d’eBay a tranché. Dans sa lettre de réponse, il qualifie la proposition de « ni crédible, ni attractive », citant les perspectives autonomes du groupe, l’incertitude sur le financement, les risques d’endettement et la gouvernance de GameStop. Le dossier TD Securities joint à l’offre a d’ailleurs été publié par eBay dans un formulaire SEC, alors que GameStop ne l’avait pas inclus dans ses communications initiales.
Cohen n’a pas rangé ses valises. Dans des interviews récentes, il affirme vouloir porter l’offre directement aux actionnaires si le conseil refuse d’engager le dialogue. Le 20 mai, un dépôt SEC montre que GameStop a porté sa participation dans eBay d’environ 5 % à 6,55 %, via actions directes et produits dérivés. Assez pour alimenter les spéculations sur une assemblée spéciale ou une pression accrue sur le board.
Cash, dette et package de rémunération
Les analystes restent prudents. Michael Burry, connu pour avoir parié contre la bulle immobilière avant 2008, a vendu ses titres GameStop après une interview télévisée où Cohen peinait à détailler le montage financier. La crainte porte moins sur l’audace stratégique que sur la faisabilité : emprunter massivement pour racheter une cible plus grande que soi, avec une partie du prix payée en actions dont la valeur peut fluctuer.
Le timing interroge aussi sur les incitations de Cohen. En janvier 2026, le conseil de GameStop lui a accordé un package entièrement indexé sur la performance : options sur 171,5 millions d’actions au prix d’exercice de 20,66 dollars, débloquées par paliers si la capitalisation boursière atteint 20, puis 30, 40 milliards… jusqu’à 100 milliards de dollars, avec des objectifs cumulés d’EBITDA associés. Aucun salaire fixe, aucun bonus garanti. Une acquisition d’eBay ferait bondir la valorisation totale du groupe, même si le cours par action ne suit pas la même trajectoire.
Cohen détient environ 8,4 % du capital GameStop et devrait voter pour l’opération. Les autres actionnaires, eux, devront trancher. Pour l’instant, l’offre officielle reste consultable sur la page investisseurs de GameStop. eBay, elle, assume son indépendance. Entre deux géants du commerce en ligne et un réseau de magasins de jeux vidéo, la partie n’est clairement pas finie.

