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SETI : des agents IA pilotent désormais le télescope Allen pour traquer les signaux extraterrestres

Par Thomas DuvillardAucun commentaire4 min de lectureActu
Les antennes paraboliques de l’Allen Telescope Array sous un ciel étoilé, à l’observatoire de Hat Creek en Californie.

Le SETI Institute et le programme Breakthrough Listen ont confié une partie du pilotage de l’Allen Telescope Array à des agents d’intelligence artificielle. Le dispositif, présenté par Nvidia le 30 octobre sur son blog officiel, permet de lancer une session d’observation à partir d’une simple demande rédigée en langage naturel. L’agent oriente les antennes, calibre l’instrument, corrige les données entrantes, applique des modèles d’IA au flux et trace le résultat.

L’Allen Telescope Array est un réseau d’antennes paraboliques installé à l’observatoire radio de Hat Creek, dans le nord de la Californie. Il sert depuis des années à la recherche d’intelligence extraterrestre, le fameux SETI, en écoutant le ciel à la recherche de signaux artificiels, ce que les chercheurs appellent des « technosignatures ».

La nébuleuse du Crabe photographiée par le télescope spatial Hubble, avec ses filaments orangés autour d’un cœur bleuté.
La nébuleuse du Crabe, qui abrite le pulsar détecté en temps réel par la chaîne IA. Image : NASA, ESA, J. Hester et A. Loll (domaine public).

2,4 térabits par seconde traités sans passer par le disque

Le premier obstacle n’était pas l’IA mais le volume. Un radiotélescope produit un flot de données que l’on stockait jusqu’ici sur disque pour l’analyser plus tard. À Hat Creek, une bibliothèque de la plateforme Nvidia Holoscan baptisée DAQIRI envoie directement les paquets issus des capteurs dans la mémoire des cartes graphiques. Les observations sont donc traitées au vol, au rythme de plusieurs térabits par seconde.

Le calcul du signal est assuré par CyberEther, un framework de traitement développé au SETI Institute, qui s’appuie sur les bibliothèques CUDA-X de Nvidia, notamment cuFFT pour les transformées de Fourier et cuBLAS pour l’algèbre linéaire. Au-dessus, un orchestrateur web nommé Nexus sert de harnais aux agents : il centralise l’état de l’instrument, les ressources de calcul et les chaînes de traitement. Les chercheurs peuvent y surveiller les pertes de paquets, lire les spectrogrammes en direct et réécrire des blocs de traitement du signal en formulant leur demande en anglais courant.

Selon Nvidia, l’ensemble encaisse 2,4 térabits par seconde sur des cartes RTX PRO 6000 Blackwell, et l’inférence tourne sur place, à côté des antennes, sans passer par un cloud distant. Le projet Stelline, qui publie ces briques logicielles, indique aussi viser le mini-ordinateur DGX Spark comme plateforme de développement.

Un premier pulsar détecté en temps réel dans la nébuleuse du Crabe

Pas de petits hommes verts à signaler. La chaîne a en revanche réussi ce que ses auteurs présentent comme la première détection en temps réel d’un pulsar par une IA, celui de la nébuleuse du Crabe. Un pulsar est le reste d’une étoile effondrée qui tourne très vite sur lui-même et émet des impulsions radio régulières, à la manière d’un phare. C’est une cible classique pour valider un instrument, mais le fait que la détection soit faite à la volée, par un agent, sert de preuve de concept au projet.

D’après Nvidia, les agents ramènent à quelques heures des tâches qui prenaient jusqu’ici des semaines, voire des années, aux équipes humaines. L’argument tient surtout à la possibilité d’itérer directement sur l’instrument, sans attendre un créneau d’observation puis une passe d’analyse manuelle. Les candidats intéressants restent vérifiés par les scientifiques.

« À mesure que nos nouveaux observatoires agentiques sondent l’univers, ce qu’ils trouveront aura peut-être bien plus en commun avec eux qu’avec les humains qui les ont créés », a déclaré Andrew Siemion, titulaire de la chaire Bernard M. Oliver pour le SETI au SETI Institute et chercheur principal de Breakthrough Listen. « Ce n’est pas quelque chose à craindre. C’est plutôt une avancée en matière de traduction. » L’idée, défendue par certains chercheurs, est qu’une civilisation extraterrestre plus ancienne que la nôtre aurait pu développer ses propres formes d’IA.

La suite passe par les modèles ouverts. L’équipe évalue notamment Nemotron, la famille de modèles de Nvidia, pour les cas où la localisation des données et le temps de réponse priment. Elle évoque aussi, à plus long terme, des observatoires capables de fonctionner hors ligne sur la face cachée de la Lune, à l’abri des interférences radio terrestres.

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Site web de Thomas Duvillard

Thomas Duvillard est rédacteur en chef de Geek Actu. Il couvre les jeux vidéo, le high-tech et la pop culture, tests et analyses à l’appui.